Une journée avec un historien spécialiste de l’histoire de la Shoah pour nos élèves de terminale
Les élèves de terminale STMG ont appris à décoder un document en apparence anodin et facile à appréhender : la photo. Après une mise en contexte, ils ont reçu une petite dizaine de photos tirées de l’Album d’Auschwitz et prises le même jour à Auschwitz, dans un périmètre restreint (la Judenrampe). Le but était de retrouver leur ordre originel, en coopérant entre pairs. Ce travail a donné lieu à de nombreux échanges entre élèves, qui ont pu avoir un petit coup de pouce de Tal Bruttmann pour avancer dans leur travail d’investigation. La mise en commun a permis d’éclairer les élèves et de leur faire prendre conscience qu’une photographie, document qu’ils croisent tous les jours dans leur vie quotidienne et dont ils sont aussi souvent les auteurs, est un document construit et souvent mis en scène, obéissant à des objectifs, ici, de propagande interne au sein de la hiérarchie nazie. Tal Bruttmann a d’ailleurs décrypté ces photos, et d’autres, dans Un album d’Auschwitz. Comment les nazis ont photographié leurs crimes (Seuil, 2023), écrit avec les historiens allemands Stefan Hördler et Christoph Kreutzmüller. Par exemple, sur la photo (provenant de cet album) illustrant notre article, on aperçoit distinctement une femme tirer la langue au photographe en signe de défi, tandis qu'une autre se couvre le nez d'un mouchoir : a-t-elle le rhume ou bien ne supporte-t-elle pas l'odeur des corps brûlés ? Au final, cette rencontre a été l’occasion de mêler étude d’un lieu clé de la politique génocidaire nazie et éducation aux médias et à l’information, en prenant du recul sur des images, tout en mettant en oeuvre une des méthodes de l'historien : l'investigation et la réalisation d'hypothèses.
De leur côté, les élèves de terminale en spécialité HGGSP (Histoire, Géographie, Géopolitique, Science Politique) ont assisté à une conférence de Tal Bruttmann, en amphithéâtre, à propos de la singularité d’Auschwitz et de ses logiques d’implantation et de construction en tant que camp de concentration mais aussi centre de mise à mort, puis plus tard lieu de mémoire. La distinction est importante à faire et le choix des termes employés est réfléchi, l’historien rappelant que l’expression « camp d’extermination », que l’on trouve encore parfois dans les manuels scolaires, est inadaptée puisque les juifs arrivant dans ce lieu n’y restent pas. Les documents projetés étaient variés et parfois assez inattendus : photo aérienne prise par les Alliés, tableaux de statistiques, cartes de différentes époques. Ici l’objectif était que les élèves se frottent à une conférence de type « cours magistral », augurant de ce qu’ils pourront avoir à suivre dans l’enseignement supérieur, en prenant des notes et en sélectionnant les informations essentielles. Celles-ci s’intègreront dans leur thème traitant des liens entre Histoire et mémoire, dont l’un des chapitres est centré sur l’histoire et la mémoire du génocide juif.
Nous remercions chaleureusement Tal Bruttmann pour sa disponibilité avec les élèves et ses apports scientifiques.
Pour en savoir plus : https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/25/tal-bruttmann-les-images-des-camps-nazis-ne-disent-pas-ce-qu-on-leur-fait-dire_6514783_3232.html
Mmes Vezzu, Dos Santos et Tastevin